Cher décideur politique,
À l'occasion de la Journée mondiale de l'obésité, nous souhaitons lancer un appel pressant : usez de votre poids politique pour faire de la prévention et du traitement du surpoids et de l'obésité une priorité dans votre domaine d'action.
Saviez-vous qu'en 2019, l'impact de l'obésité a coûté à notre pays pas moins de 4,5 milliards d'euros ? Et que d'ici 2030, plus d'un homme sur quatre et près d'une femme sur cinq vivront avec l'obésité ?
Ce n'est qu'en investissant à un stade précoce de la maladie que ces coûts peuvent être réduits.
Vous ne considérez peut-être pas immédiatement que l“”obésité“ relève directement de votre responsabilité politique. Pourtant, une stratégie bien pensée en matière d'obésité nécessite une approche ”Santé dans toutes les politiques", allant de repas scolaires abordables à l'accès à des soins adéquats lorsque des personnes développent cette maladie chronique. L'obésité est, et reste, la plus grande crise sanitaire silencieuse à laquelle notre pays est confronté aujourd'hui.
Les nouvelles connaissances acquises par les scientifiques ces dernières années sur le surpoids et l'obésité ont définitivement relégué à la poubelle le vieil adage “bouger plus et manger moins”. Les raisons pour lesquelles une personne perd le contrôle de son poids sont très diverses. Il apparaît de plus en plus clairement que le poids d'une personne est le résultat d'équilibres hormonaux et neurologiques complexes dans l'organisme, qui sont perturbés chez les personnes souffrant de surpoids ou d'obésité. Cette constatation a conduit au développement de thérapies très efficaces, allant de la thérapie comportementale aux médicaments et à la chirurgie bariatrique métabolique. Pourtant, ces thérapies restent sous-utilisées et les personnes souffrant de surpoids et d'obésité ont souvent du mal à trouver un soutien approprié.
Pour les enfants, des progrès ont déjà été réalisés grâce à des parcours de soins structurés. Cependant, il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes développent une surcharge pondérale et une obésité à l'âge adulte et que la prévalence de cette affection augmente avec l'âge. Pour les adultes, une approche structurelle et stratifiée fait défaut. La thérapie doit être adaptée et intensifiée en fonction de l'impact individuel et des caractéristiques de chaque personne. En outre, les adultes sont encore trop souvent confrontés à la stigmatisation du poids, ce qui exacerbe le problème et décourage les gens de chercher une aide appropriée.
La crise sanitaire que représente l'obésité est une urgence nationale. Ses conséquences sociales et économiques sont considérables. Outre les coûts élevés des soins de santé, l'obésité entraîne également d'importantes pertes de productivité. En l'absence d'une stratégie ciblée à l'échelle de la société, les projections futures sont très préoccupantes.
Cependant, en faisant les bons choix politiques, nous pouvons effectivement inverser la tendance. Il ne s'agit pas seulement de traitements médicaux remboursés, mais aussi de politiques concernant l'aménagement du territoire, la mobilité, l'organisation du travail, la réglementation des déterminants commerciaux et la création d'un cadre de vie sain pour tous. Les connaissances et les solutions sont disponibles - ce qu'il faut maintenant, c'est les ancrer fermement dans les politiques.
Près de 200 ans après que Quetelet, dans la Belgique alors nouvellement créée, a décrit l'indice de masse corporelle (IMC), encore largement utilisé, comme un moyen d'ajuster le poids à la taille, il est temps que la Belgique joue à nouveau un rôle de premier plan pour faire en sorte que les gens puissent vivre avec un poids sain.
Nous comptons sur votre engagement.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments distingués,
L'Association belge pour l'étude de l'obésité
Bart Van der Schueren
